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apocalyptique où les machines ont pris le pouvoir, ressentez toute la détresse d’un homme quand son chat maléfique a décidé de
l’empêcher de dormir, et bien d’autres choses encore !
M. Le Chien, l’auteur le plus maudit de la blogosphère, a malheureusement décidé de prendre sa retraite. Alors je lui ai concocté ce petit fan-art d’adieu, en forme de rétrospective de toutes ces années riches en sexe torride (enfin... en frustration), en violence, en désespoir et en escalope milanaise.
Aux malheureux qui ne connaissent pas M. Le Chien, je vous conseille de vous rendre ici et de lire l’intégralité de ce blog merveilleux, sinon quelques subtilités risquent de vous échapper ;-).
2065, Vesoul.
Le vent crépusculaire se leva doucement, apportant une fraîcheur bienvenue à une journée trop étouffante. Traversant les plaines verdoyantes, il
grimpa la pente de la colline et s’engouffra dans la pièce d’étoffe. L’étendard se mit à danser.
Du haut de son mât doré, il dévoila lentement le membre gonflé de fierté
dominé par un point revendicateur, surplombant ainsi la ville du symbole fédérateur de tout un peuple : celui du Chibre. À ses côtés, le palais impérial rayonnait par ses couleurs sobres.
Les façades kaki, les arcades tournesol, les loggias saumon et les colonnades bleu ciel ne faisaient que souligner le bon goût légendaire du propriétaire des lieux, M. Le Chon en personne.
Éminent monarque de l’empire poujadiste, garant de la paix universelle, grand guide spirituel de la pensée chibre, il acceptait humblement le nom que son Peuple lui donnait, « Le
Fourreur ».
Un bruit de chasse d’eau résonna dans les appartements impériaux. Une porte s’ouvrit, des jambes poilues apparurent au creux d’un rayon de
soleil mourant. Le seigneur suprême se dirigea en boitant vers la terrasse, il tenait à la main sa biographie officielle sortie le matin même « Ma vie, mon œuvre ». Il n’avait eu le
temps de ne lire que le premier chapitre, contant sa naissance merveilleuse au sommet d’un arc-en-ciel, et sa bénédiction par une fée saoule… de bonheur.
Il leva les yeux pour observer l’atmosphère orangée derrière les toitures timides de Vesoul la Grande, lâcha sa canne et s’affaissa sur le garde-corps. Il était las. À plus de quatre-vingt dix ans, il avait accompli tout ce qui avait été possible d’accomplir en une vie par un seul homme. Son ascension fulgurante était à l’image de son statut d’éternel gagnant. Une immense fatigue l’envahissait à présent. Celle d’une vie consacrée à un idéal.
Le soleil achevait lentement sa course derrière la ligne d’horizon. Des tas de souvenirs oubliés assaillirent son esprit. La propagation de la pensée poujadiste à œillères par l’intermédiaire de son blog, ce moyen de communication aujourd’hui désuet. La conversion soudaine et rapide de Gérard Miller, son futur bras droit, qui avait su rendre si populaire sa doctrine auprès du public. Son regrettable « suicide » deux ans plus tard. Et puis la montée politique du poujadisme à œillères. La prise de la Place de la Bastille par sa milice de la liberté, la Révolution. Son accession en moins de six mois au poste suprême de dictateur de la république française.
Il fixa un instant les passants qui s’activaient dans les rues, tels des fourmis, dans leurs beaux uniformes roses à poids verts. À partir de là, tout avait été très simple. L’opposition fut torpillée en dix-huit mois. La révolte des bloggueurs, menée par Pénélope Jolicoeur, avait été écrasée dans le sang. Il avait été ému aux larmes le jour où les chars d’assaut avaient tiré sur la foule. Ce ballet de couleurs merveilleuses, le vermillon éclaboussant les façades, l’ocre des flammes dévorant les corps gesticulant, ce concert de cris terrorisés. Le mouvement contre-révolutionnaire de Wandrille avait subi le même sort. Lui et sa culture miroitante traînaient à présent sous les ponts de Paris, dans les vapeurs éthérées d’un mélange frelaté fanta / beaujolais. La police politique lui confirmait à intervalles réguliers sa déchéance, vivant de rapines dans les faubourgs, haranguant les couples lubriques sur des sujets confus. Il ne lui avait jamais porté le coup fatal, sa décadence était tellement plus jouissive.
Il avait ensuite réussi le tour de force d’intimement lier les pensées du Poujadisme à œillères et du Chibre en une même doctrine : Le Poujadisme chibreux. Il s’était toujours félicité d’avoir su garder à l’esprit son objectif premier : baiser à couilles rabattues.
Les femmes s’étaient alors jetées par kilos dans son antre. Il était devenu le fourreur de tout un peuple. Il avait fait emprisonner Hélène, en prenant bien soin de brûler les ficus de l’appartement. Elle était aujourd’hui activement recherchée par ses services chibreux, suite à son évasion spectaculaire en compagnie de Rodriguez-Sven, un suédois catalan.
Une fois la France acquise à sa cause philosophique, il avait pris l’engagement solennel d’aider les pays prêts à transiter dans le monde poujadiste. Les offensives de libération s’étaient succédées à un rythme infernal : la Belgique, l’Allemagne, la Russie et la Chine, puis les États-Unis. Il ne comptait qu’une seule mésaventure : le Canada... La brigade d’ours épilés commandée par ce traître de Papouille avait eu raison de ses troupes.
Malgré cet échec, le monde était entré dans une phase de paix durable. La capitale de son empire universel avait été transférée à Vesoul, joyau parmi les joyaux, où il avait pu répandre, à travers ses organes de communication, la nouvelle doctrine révolutionnaire. Il avait gagné, il avait vaincu.
— Ouais, je te laisse, baby, le croûton a demandé à me voir... Ouais… Je sais.
M. Le Chon s’échappa de ses pensées. Les mots chantants qu’il venait de percevoir sortaient de la bouche de son ami de toujours, Schroubb. Compagnon essentiel de toute révolution qui se respecte, il avait su se faire indispensable en décapitant, violant et torturant ses ennemis. Et aussi parfois ses amis, mais là, c’était pour s’amuser.
L’âge avait également marqué l’escalope milanaise. Sa peau flasque ne la rendait pourtant que plus attirante auprès de la gente féminine.
Saloperie de viande transgénique, pensa M. Le Chon, en redressant sa silhouette. Les cuissardes olivâtres seyantes de son uniforme et son foulard jaune fluo mettaient
admirablement en valeur les carreaux lilas
de son gilet. Ses nombreuses médailles s’entrechoquaient sur sa poitrine bombée, rappelant à cette escalope insolente qu’il était le Fourreur, et qu’il arrivait à baiser, à présent. Qui il
voulait. Même Patrick Sébastien, s’il en donnait l’ordre.
— Schroubb, commença-t-il. Je t’ai fait venir parce que tu es mon seul héritier. Et la fin est proche.
— Ouais... Ouais, on passe tous par là...
— Je dois te parler des qualités d’un bon leader politique, car tu es encore loin de pouvoir…
Il fut interrompu par le bip des touches du téléphone portable.
— Ouais... Allo ? fit Schroubb en recollant l’émetteur contre sa tempe. Re-moi ! Finalement, c’était rien...
L’escalope sortit de la terrasse et s’éloigna vers la porte d’entrée. M. Le Chon serra les poings. Il aurait dû la faire exécuter, il était décidément trop tendre. Tant pis, ses dernières volontés attendraient encore un peu.
Résigné, il promena son regard au loin, sur Vesoul (la Grande). Il s’arrêta sur le graffiti symbole de son triomphe, toujours en place sur la façade du palais de justice, « La liberté est morte avec le Fourreur ». Un slogan qui avait secoué l’opinion publique à l’époque, et qui aurait pu anéantir le travail de toute sa vie. Une phrase qu’il avait su habilement retourner à son avantage, grâce à sa verve légendaire, en prononçant du haut de sa demeure impériale le non moins historique :
« La fin de la liberté n’est-elle point compensée pas tous ces beaux costumes chatoyants ? ».
FIN