Première visite ?


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Moi !



Je suis écrivain. Enfin, pas vraiment, parce que je n’ai pas encore réussi à publier. Je suis un non écrivain, et ce blog ne contient absolument pas : des critiques littéraires, des conseils pour mieux écrire, des analyses sur le milieu de l’édition et des pensées philosophiques sur l’art d’écrire, mais simplement les aventures extraordinairement banales d’un terrien comme les autres !

Ah oui, tous les textes ici ne sont pas libres de droit. Si vous voulez en faire quelque-chose, il faut me contacter.

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Et voici l’épisode 2 ! J’ai remanié l’intrigue afin qu’elle s’oriente dans une direction plus optimiste et surtout plus... mystérieuse ;-)

 

J’erre entre les sarcophages frigorifiés, dans un silence et une fraîcheur apaisants. J’aime bien Picard, j’ai une affection toute particulière pour ces lieux calmes, loin de l’agitation et du bruit perpétuel de nos sociétés modernes. Dire que les citadins se jettent les week-end sur les routes de campagne, ou se précipitent en masse dans les parcs urbains afin d’aspirer à un peu de tranquillité, alors que le bonheur ultime n’est qu’à dix pas de là, au magasin Picard le plus proche de chez eux.


    Le claquement de mes semelles résonne. Le froid commence à dévorer ma peau, le silence est oppressant. Bon, je ne vais pas trop traîner, c’est quand même un peu l’angoisse, ici. Je trouve assez rapidement le rayon des crèmes glacées. Je soulève le couvercle du congélateur, l’air gelé embrasse mon visage. J’arrache un bac de vanille et de chocolat de l’emprise collante du givre. À côté, les palets de légume au chou romanesco me lancent des appels désespérés. J’hésite.

Alors que ma main se tend inexorablement vers mon pêché mignon, la porte automatique de l’entrée coulisse. Mon regard croise celui d’un homme, à l’air un peu étrange, qui se met à déambuler dans les allées. Enfin un peu de compagnie.

 

Non, je vais finalement prendre le mélange chinois. J’en garde un bon souvenir. Encore une pizza ou une tarte fine, et les courses seront finies. Ava avait raison, ça me fait du bien de m’échapper de tout ça, même si je ne pourrais jamais déconnecter totalement mon esprit des pensées malsaines. Au moins, je suis concentré sur des sujets plus terre-à-terre que mon éternel échec en matière littéraire.

— Cela ne doit en aucun vous faire renoncer à vos rêves...

Je relève la tête, vers l’autre client. Je le dévisage un instant, il est penché sur les sachets de saumon surgelé, et ne semble pas me prêter attention. Est-ce qu’il vient de me parler ? Est-ce que je viens de penser tout haut ? Est-ce que je deviens dingue ? Il a une oreillette bluetooth, peut-être est-il en communication.

J’attrape le premier paquet venu, légèrement perturbé, et je me dirige vers la caisse. À mi-chemin, je m’aperçois que j’ai pris une pizza anchois / olives / roquefort, tous les ingrédients nécessaires à une guerre meurtrière dans nos bouches, à Ava et moi. Je fais demi-tour, je croise l’individu, il ne me regarde pas. Il tient deux sorbets, des fusées, et il se rend directement en caisse.

Je prends ma nouvelle pizza, et je traîne un peu avant d’y aller à mon tour. L’autre s’en va, je suis soulagé. Je paie mes achats, les place consciencieusement dans le sac isotherme, et je sors du magasin.

 

Il y a du monde dans la rue. Je longe le trottoir, et je stoppe devant le feu piéton. La foule gonfle autour de moi. Je ne peux m’empêcher de laisser mon esprit divaguer. Non, il ne faut pas. Je ne dois pas penser à la littérature. Je ne dois plus rien faire. Ce serait d’ailleurs une solution, d’arrêter d’écrire. Je pourrais consacrer mon existence à des choses plus importantes, comme sauver de pauvres orphelins handicapés amnésiques des faubourgs de Los Angeles... Oui, voilà un projet réaliste.

 — Et si je vous disais que vous avez la possibilité de travailler à une cause… tout aussi noble.

Je tourne la tête. L’étrange personnage est là. Il mange sa glace à l’eau, il me sourit. Je ne suis pas fou, c’est donc bien à moi qu’il parlait dans la boutique.

— Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?

Le feu passe au vert, les gens glissent autour de nous. Je reste campé sur ma position. Il me tend son second sorbet.

— Tenez. Il ne faut pas traîner, elle va fondre...

— Non merci. Qui êtes-vous ?

— Mon identité n’a guère d’importance.

— Ah...

— Et si je vous disais plutôt que ce que vous vivez est normal. Que votre frustration, de nombreuses personnes l’ont déjà ressentie avant vous. Que vous avez du talent, mais que vous n’avez pas de réseau et pas de chance, et que je peux remédier à cela.

Je fronce les sourcils. Il me tend à nouveau le bâtonnet, je le prends sans trop réfléchir. Je déchire l’emballage et je croque dans la fusée. J’ai toujours bien aimé le dernier étage à la framboise, recouvert d’une fine couche de chocolat.

— Vous êtes un éditeur ?

— Pas exactement. Toutes vos questions trouveront une réponse ici.

Il me présente sa carte de visite. J’ai dû mal à l’attraper avec mon sac isotherme, la glace manque de m’échapper des mains. Le rectangle cartonné est blanc, il n’y a rien, hormis une adresse web au dos.

— Qu’est-ce que c’est ?

Il sourit.

— Disons que c’est simplement l’occasion de passer à l’étape suivante.

Je déchiffre l’adresse. Un peu compliquée, elle est pleine de caractères ésotériques. Et j’ai dû mal à comprendre en quoi la visite d’un site me permettra de franchir « l’étape suivante »...

— Vous voulez dire que je pourrais être publié... grâce à ça ?

Aucune réponse. Je lève la tête. Il n’est plus là. Je me retourne, je le vois courir et s’effacer derrière un immeuble, au coin de la rue. Dommage, il avait presque réussi à me faire le coup de la disparition mystérieuse et inexplicable.

Je fourre la carte dans ma poche de jean. Étrange. En tout cas, je sais ce qu’il me reste à faire. Vite rentrer pour mettre mes courses au congélateur...

 

 

Mais qui était réellement cet énigmatique individu ? Notre sympathique auteur imagine-t-il toute la perversité de la machination dans laquelle il vient de s’engager ? Roméo et Juliette arriveront-ils à vivre leur amour loin de leur problème de famille ? Les réponses, prochainement !

 

**

 

Et vous l’attendiez tous avec fébrilité, je l’annonce donc officiellement, « 24 heures Chrono avec un Chat » revient bientôt  !

 

 

 

Cauminegue soun

 

 

Publié dans : Les Forces Révolutionnaires de l'Ecriture
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