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La recherche du succès, ou le spleen de l’auteur…

Posted by J. Heska on September 30 2015, 11:01am

Categories: #book, #novel

La recherche du succès, ou le spleen de l’auteur…

Comment obtenir du succès en littérature ?

La grande question.

On dit souvent qu’il résulte de la combinaison de trois facteurs : talent, travail, chance. Les esprits les plus pragmatiques en ajoutent un quatrième : le marketing.

Car il s’agit bien là d’un sujet tabou quand on est auteur : comment avoir du succès ? Une question bien délicate car elle renvoie à un état narcissique : « Pourquoi tu veux avoir du succès ? Pour être reconnu dans la rue ? Pour flatter ton égo ? Pour crouler sous l’argent ? Pour te masturber en voyant tes bouquins dans le top 100 ? »

Non, pas forcément. Le succès parce qu’il est synonyme d’être lu par un large public, parce qu’on a réussi à partager quelque chose avec le plus grand nombre, parce que la littérature est ma passion et que j’aimerai pouvoir la vivre au quotidien.

Mais il est vrai que l’image de l’auteur qui écrit assis au bord de la rivière et qui, après quarante ans de travail acharné, rencontre un succès aussi soudain qu’inattendu a l’air bien plus noble que celui qui se lance dans une démarche marketing visant à construire son succès et à obtenir ce qu’on appelle dans le jargon « un retour sur investissement ».

Dès lors, une fois que l’on assume cette volonté d’aller chercher le succès, et donc de faire appel à des méthodes marketings, on se soumet à l’opprobre : « Un bon livre ça se vend tout seul », « Moi, jamais je ne m’abaisserai à ça », « Si ton livre ne se vend pas, c’est qu’il est mauvais ». Et surtout on se retrouve avec cette étiquette d’auteur-arnaqueur prêt à tout pour fourguer son navet à des gogos. La situation est particulièrement délicate pour les auteurs indépendants (sous-entendu, autoédités), car à l’image déjà négative du « tu n’es pas assez bon pour trouver un éditeur » s’ajoute celle bien plus salée du « et en plus il ose user de coups tordus pour nous fourguer son torchon ».

J’ai vécu beaucoup de situations délicates liées à cet état de fait. En tant qu’auteur autoédité (à présent au sein de ma propre structure éditoriale), qui croit fermement en la qualité de ses romans, qui rame depuis des années pour se faire connaître, mais qui dispose d’un budget annuel de 100 €, je me suis très vite heurté à d’immenses difficultés.

Car lorsqu’on n’a pas la force de frappe financière suffisante pour s’acheter des panneaux publicitaires dans le métro parisien ou les relations pour obtenir des critiques dans la presse nationale, voire à la télévision, les moyens deviennent vite limités pour toucher du monde.

En parler sur des forums ? Envoyer son roman à des blogueurs ? Faire des dédicaces en librairie ? Participer à des rencontres ? Lancer des livres voyageurs ? Solliciter les gens sur Facebook ou sur Twitter ? Envoyer des mails ? Passer par des outils comme MyKindex ? De nombreuses méthodes qui permettent de faire de belles rencontres (et j’en ai fait énormément), d’obtenir des critiques objectives, d’engager la discussion, voire d’obtenir un succès d’estime, mais qui trouvent rapidement leur limite :

  • Elles sont très chronophages, assez dispendieuses (payer 250 euros de TGV pour le salon du livre de Puy-en-Roselle et vendre deux romans, ce n’est pas une très bonne affaire), et ont un impact relativement limité, à la fois dans le nombre de personnes impactées et dans le temps.
  • La plupart des initiatives originales tombent à l’eau : je lance un concours pour gagner des exemplaires de mon roman ? J’ai trois participations. J’annonce une séance de dédicaces à Paris ? Je rameute la Terre entière et deux personnes viennent me rencontrer pour papoter.
  • Elles peuvent éventuellement appuyer un succès, mais ne permettent pas de le construire. Je l’ai fait. J’ai obtenu de beaux résultats pour Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir (corrélé à d’autres facteurs, entendons-nous bien là-dessus), mais un succès fragile, qui ne pouvait me permettre de sauter le pas. Pour les deux suivants, j’ai renoncé. Rincé, fatigué de dépenser de l’énergie pour des micro-actions au succès incontestable mais local, épuisé par certaines rencontres pénibles et surtout déçu de voir que le lectorat de mon premier roman ne me suivait pas pour la suite de mes aventures.
La recherche du succès, ou le spleen de l’auteur…
  • Dernière limite, et non des moindres : la mauvaise réputation de ces pratiques. Lorsque j’ai parlé de mon roman sur des forums, j’ai été conspué pour cette action purement mercantile. Lorsque j’ai commencé à faire de la promotion sur Facebook ou sur Twitter, j’ai reçu une tonne de mails me dénonçant comme spammeur devant avoir honte de vendre des romans comme de la lessive. Lorsque j’ai commencé à proposer des envois de romans aux blogueurs, on m’a accusé « d’acheter » des chroniques. Lorsque j’ai encouragé les gens à commenter mes romans sur Amazon, on m’a accusé de tricher et de manipuler les votes. Et puis récemment, j’ai testé MyKindex (pour ceux qui ne connaissent pas : c’est un outil qui permet d’artificiellement monter dans le classement Amazon grâce à des achats sponsorisés de romans. Vous êtes propulsé dans le TOP 100 Amazon quelques jours, et ensuite c’est la qualité du bouquin qui fait le reste). Une fois de plus, ça n’a pas raté, indignation, volée de bois vert.

Je comprends tous les points de vue. Moi aussi, en tant qu’utilisateur, j’en ai marre de recevoir des notifications Facebook au kilo pour acheter des romans, j’en ai marre des forums qui ne sont que des vitrines publicitaires, j’en ai marre des petites astuces marketings pour tenter de me refourguer des romans ignobles, j’en ai marre des opérations qui visent à manipuler des résultats. Moi aussi je suis fatigué de ces diarrhées d’informations et de ces sollicitations perpétuelles.

J’entends la nécessité de poser des limites à ces actions. Jusqu’où ai-je le droit d’aller ? Où est la ligne jaune ? Sincèrement, je me suis longtemps interrogé, et je ne sais pas. Personne ne sait. Cela dépend de la sensibilité de chacun. Moi-même, je ne parle jamais de mes romans à mon entourage, parce que je trouve cela inconvenant. Par contre, utiliser un outil comme MyKindex pour gagner en visibilité (sur mes romans que j’estime de qualité, je le répète), ne me choque pas outre mesure. Pour d’autres, ce sera l’inverse. Pour certains, un livre est un simple produit marketing. Pour d’autres, c’est un objet sacré qui doit sortir des logiques mercantiles. Pour certains, MyKindex est un outil qui permet de gagner en visibilité pour enfin être lu et conquérir un lectorat. Pour d’autres c’est une manière honteuse de manipuler des classements pour refourguer de mauvais bouquins.

Au final, des vérités assénées souvent de façon agressive mais qui ne prennent pas en compte la globalité d’une situation.

Alors comment puis-je faire pour tenter de vous toucher, vous, lecteur ? Je n’ai pas les moyens financiers d’user des méthodes marketings plus ou moins douteuses des grandes maisons d’éditions (et qui paradoxalement semblent moins vous gêner : achats de posts sur les sites / blogs influents, collusion avec la presse et la télévision, campagnes de publicité nationales, etc.), je n’arrive pas à capter votre attention par la qualité intrinsèque de mes romans, je n’arrive pas à éveiller votre curiosité pour découvrir mes autres productions quand vous aimez un de mes livres, et vous détestez quand je me fourvoie dans des campagnes de promotion. Dois-je rester passif au bord de la rivière et attendre un succès qui peut-être ne viendra jamais ?

Mais cessons-là le pessimisme. Je me relève du bord de la rivière (c’est pas mon genre d’attendre quarante ans), je me retourne et je vois toutes les choses accomplies au cours de ses dernières années, toutes les merveilleuses personnes rencontrées, ceux qui croient en mes romans, et ceux qui m’aident au quotidien. On va la traverser ensemble cette rivière, quel qu’en soit le moyen.

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